Vitesse, alcool, priorités et amendes au Maroc : ce qui change pour un conducteur européen
Le seuil d'alcool est plus bas qu'en France, la route nationale est généralement à 80 km/h et non à 100, et l'amende radar triple si vous la payez au trentième jour plutôt que dans les 24 heures. Tout est publié par la NARSA.
Un conducteur européen qui prend la route au Maroc applique par réflexe les règles de chez lui. La plupart se transposent : conduite à droite, dépassement par la gauche, ceinture obligatoire. Trois ou quatre ne se transposent pas, et ce sont précisément celles qui coûtent de l'argent ou pire. Voici lesquelles, avec la source de chaque chiffre.
Les limitations réelles, et le piège de la route nationale
La NARSA les publie sur son blog Sécurité Routière (« La vitesse excessive », 27 août 2024) :
| Réseau | Limite |
|---|---|
| En agglomération | 20, 40 ou 60 km/h selon les cas |
| Routes nationales | généralement 80 km/h, certaines portions autorisant 100 km/h |
| Autoroutes | 120 km/h |
C'est la ligne du milieu qui compte. Un automobiliste français ou belge arrive avec l'idée que « hors agglomération, c'est 90 ou 100 ». La NARSA écrit que la limite est généralement fixée à 80 km/h sur les routes nationales, 100 km/h n'étant qu'une possibilité sur certaines portions. Rouler à 100 sur une nationale marocaine non signalée à 100, c'est donc un dépassement de 20 km/h — la deuxième tranche du barème, avec retrait de points.
Autoroutes du Maroc, l'exploitant public du réseau autoroutier, ajoute une borne basse que les Européens oublient volontiers : « Sur l'autoroute ne dépassons pas 120 km/h et ne descendons pas de 80 km/h » (adm.co.ma).
Les radars : où ils sont, et ce qu'ils voient
La NARSA détaille son parc sur la page « Constatation des infractions » de khadamatnarsa.ma. Le ministère s'est doté de 552 équipements de nouvelle génération, qui s'ajoutent à une flotte de 140 radars, avec une exploitation progressive depuis janvier 2022. La répartition annoncée :
- 276 radars de vitesse hors périmètres urbains, sur routes nationales et régionales ;
- 204 radars de contrôle du feu rouge et de la vitesse en ville ;
- 72 radars de vitesse moyenne dédiés au réseau autoroutier.
Ces équipements constatent aussi le franchissement de ligne continue et la circulation sur voies interdites, distinguent véhicules légers et poids lourds pour appliquer la bonne limite, lisent les plaques en temps réel et verbalisent dans les deux sens de circulation, jusqu'à 24 véhicules simultanément.
Les 72 radars de vitesse moyenne méritent une mention particulière : sur autoroute, ils mesurent la vitesse sur des tronçons « qui peuvent s'étendre sur plusieurs kilomètres ». Ralentir devant la cabine ne sert à rien.
Le barème, et pourquoi payer vite coûte deux fois moins cher
La NARSA publie sur sa page « Paiement » un barème dégressif que l'on ne rencontre pas en Europe sous cette forme : le montant dépend de la rapidité du paiement.
| Infraction | Sous 24 h | Sous 15 jours | Sous 30 jours | Points |
|---|---|---|---|---|
| Vitesse dépassée de moins de 20 km/h | 150 Dh | 200 Dh | 300 Dh | — |
| Vitesse dépassée de 20 à moins de 30 km/h | 300 Dh | 350 Dh | 500 Dh | 2 |
| Vitesse dépassée de 30 à moins de 50 km/h | 400 Dh | 500 Dh | 700 Dh | 4 |
| Non-respect du feu rouge | 400 Dh | 500 Dh | 700 Dh | 4 |
| Franchissement de la ligne continue K9 | 400 Dh | 500 Dh | 700 Dh | 4 |
Un excès de moins de 20 km/h coûte le double au trentième jour de ce qu'il coûtait le premier. Au-delà de 50 km/h de dépassement, on change de nature juridique : la NARSA indique un « délit sanctionné de 4 000,00 à 8 000,00 Dh et un retrait de 6 points », avec suspension du permis de un à trois mois.
Le délai est de 30 jours à compter de la date de notification pour acquitter l'amende transactionnelle et forfaitaire (ATF). La NARSA décrit la chaîne complète : lecture de la plaque, identification du propriétaire dans la base des certificats d'immatriculation, établissement et signature du procès-verbal, notification par E-barkia et par SMS, puis paiement, déclaration du conducteur si le propriétaire n'était pas au volant, ou réclamation dans les 30 jours. « Si aucun paiement, déclaration ou réclamation n'est reçu dans les délais susmentionnés, le PV d'infraction est envoyé au tribunal pour poursuite. »
Les canaux de paiement cités : le site tgr.gov.ma, le mobile-banking, le e-banking, les guichets automatiques bancaires, les points de service de proximité, et le paiement en espèces ou par chèque aux perceptions relevant de la Trésorerie Générale du Royaume. Le détail de la procédure, y compris la réclamation, est traité dans notre guide payer ou contester une amende au Maroc, et le classement complet des infractions dans amendes du code de la route au Maroc.
L'alcool : un seuil nettement plus bas qu'en France
C'est la différence la plus dangereuse pour un visiteur européen, parce qu'elle est invisible.
Le dépliant « Alcool au volant » publié par NARSA Prévention (narsaprevention.ma, version française) énonce deux seuils :
- air expiré : le taux « ne doit pas atteindre ou dépasser le seuil de 0,10 milligramme par litre » ;
- sang : en cas d'analyse biologique et médicale, le taux « ne doit pas atteindre le seuil de 0,20 gramme par litre ».
Pour comparaison, le seuil général français est de 0,50 g/l de sang. Le seuil marocain est donc deux fois et demie plus bas. Un seul verre peut suffire à le franchir.
La sanction n'est pas une contravention. Le même document décrit un délit passible de six mois à une année et/ou d'une amende de 5 000 à 10 000 Dh, avec suspension du permis de conduire par le tribunal pour une période allant de six mois à une année et le retrait de six points du solde. « La sanction est portée au double en cas de récidive. » Le contrôle par éthylotest est un recours obligatoire pour l'agent verbalisateur.
Ronds-points : deux régimes de priorité, et un seul panneau pour les distinguer
Le blog Sécurité Routière de la NARSA consacre un article à ce que la plupart des conducteurs ignorent (« Carrefour à sens giratoire et rond-point : quelle différence ? »).
Sur un carrefour à sens giratoire, signalé en amont par un panneau triangulaire « Cédez le passage » et une ligne au sol, les véhicules déjà sur l'anneau ont la priorité. C'est le régime que connaissent les Européens.
Sur un rond-point, signalé par un simple panneau rond sans « Cédez le passage », la priorité à droite s'applique : ce sont les véhicules qui s'engagent qui sont prioritaires sur ceux qui tournent déjà.
La NARSA note que « l'immense majorité des intersections rondes sont des carrefours giratoires » et que le problème vient de ce que les usagers ne connaissent pas la distinction. Pour un visiteur, la règle pratique est celle-ci : cherchez le panneau « Cédez le passage » à l'entrée. S'il n'y est pas, ne présumez pas d'être prioritaire.
L'article ajoute deux points de comportement : le clignotant à gauche si vous dépassez la moitié de l'anneau, et l'interdiction de tout arrêt sur un carrefour giratoire.
Ce que la loi impose d'avoir dans la voiture
D'après la check-list publiée par la NARSA (« Conduire au Maroc : la check-list des équipements et papiers », 17 septembre 2019), la loi impose la présence à bord d'un gilet jaune, d'un triangle de signalisation et d'un jeu d'ampoules de rechange pour les feux de signalisation. L'autocollant « A » à l'arrière est obligatoire pour les conducteurs titulaires du permis depuis moins de deux ans.
Côté papiers : permis en cours de validité correspondant au gabarit du véhicule, attestation d'assurance, carte grise et vignette de contrôle technique à jour. Si le véhicule est immatriculé à l'étranger, ajoutez le document d'admission temporaire remis par la Douane à l'entrée — voir notre guide sur l'admission temporaire.
Sur autoroute, la NARSA rappelle (« Conduire sur l'autoroute », 27 mai 2025) que l'arrêt au bord de la route est interdit sauf nécessité absolue, et qu'en cas de panne il faut allumer les feux de détresse, porter le gilet réfléchissant et placer le triangle à distance derrière le véhicule.
Le permis à points, si vous détenez un permis marocain
Le système ne s'applique qu'aux permis marocains, mais il concerne tout résident étranger qui a franchi le pas de l'échange. La NARSA le décrit ainsi (« Le permis à points : une mesure préventive », 31 décembre 2024) : le permis est délivré pour une période probatoire de deux ans avec un solde de 20 points, porté à 30 points ensuite.
Quelques repères de barème cités par la NARSA :
- non-port de la ceinture de sécurité : 1 point ;
- conduite sans certificat de contrôle technique : 3 points ;
- excès de vitesse de plus de 30 et moins de 50 km/h : 4 points ;
- conduite sous l'influence de l'alcool ou de stupéfiants : 6 points.
La récupération est prévue : 4 points automatiquement après un an sans infraction avec retrait, un solde porté à 12 points si le solde était inférieur à 8 et que deux ans se passent sans retrait, le solde complet de 30 points après trois ans sans infraction. Une session d'éducation à la sécurité routière auprès d'un organisme agréé rend 4 points, une fois pendant la période probatoire puis une fois tous les trois ans. Le mécanisme complet est détaillé dans notre guide sur le permis à points au Maroc.
Si le véhicule est immatriculé à l'étranger
C'est le point que nous n'avons pas pu documenter à la hauteur du reste.
La NARSA ouvre sa plateforme « Infractions routières » à « tous les citoyens marocains, les résidents étrangers au Maroc ainsi qu'aux touristes étrangers conduisant un véhicule immatriculé au Maroc ». La formule exclut, par construction, le visiteur venu avec sa propre voiture.
Un service distinct existe, intitulé « Consultation infractions véhicules immatriculés à l'étranger », hébergé sur port-vie.narsa.gov.ma. Nous n'avons pas pu y accéder le 25 août 2026 : le serveur a rejeté nos requêtes. Nous ne savons donc pas comment un conducteur étranger est notifié, ni quelles conséquences un impayé produit à la sortie du territoire. C'est la NARSA qui pourrait le dire, au +212 5 37 71 22 80.
Trois autres points laissés ouverts
Les montants des amendes hors radar. Le barème publié par la NARSA couvre les infractions constatées par radars fixes. Nous n'avons pas trouvé, sur un site officiel, de barème complet des amendes transactionnelles forfaitaires perçues lors d'un contrôle routier ordinaire pour les autres infractions.
La pratique de la perception immédiate lors d'un contrôle. Nous n'avons trouvé aucune page officielle décrivant le déroulement d'un contrôle routier du point de vue d'un conducteur étranger, ni les modalités de perception sur place.
Le montant de l'amende pour non-port de la ceinture. Un article du blog de la NARSA daté de 2021 cite 1 400 Dh, un chiffre qui ne concorde pas avec le plafond de 700 Dh du barème radar publié par la même agence. Nous préférons ne pas le reprendre tant que la contradiction n'est pas levée.
Sources — NARSA, khadamatnarsa.ma, pages « Constatation des infractions » et « Paiement », consultées le 25 août 2026. NARSA, blog Sécurité Routière : « La vitesse excessive » (27 août 2024), « Le permis à points : une mesure préventive » (31 décembre 2024), « Conduire sur l'autoroute » (27 mai 2025), « Carrefour à sens giratoire et rond-point : quelle différence ? », « Conduire au Maroc : la check-list des équipements et papiers » (17 septembre 2019). NARSA Prévention, narsaprevention.ma, dépliant « Alcool au volant » version française. Autoroutes du Maroc, adm.co.ma, page sécurité.
On vous répond
- Quelles sont les limitations de vitesse au Maroc ?
- Selon la NARSA (blog Sécurité Routière, « La vitesse excessive », 27 août 2024) : en agglomération 20, 40 ou 60 km/h selon les cas ; sur les routes nationales la limite est généralement fixée à 80 km/h, certaines portions autorisant 100 km/h ; sur autoroute le maximum est de 120 km/h. Autoroutes du Maroc rappelle par ailleurs un minimum de 80 km/h sur autoroute.
- Quel est le taux d'alcool autorisé au Maroc ?
- Le dépliant « Alcool au volant » de NARSA Prévention indique que le taux d'alcool dans l'air expiré ne doit pas atteindre ou dépasser 0,10 milligramme par litre, et que le taux dans le sang ne doit pas atteindre 0,20 gramme par litre. C'est nettement plus bas que le seuil français de 0,50 g/l.
- Combien coûte une amende de vitesse au Maroc ?
- Pour les infractions relevées par radar, la NARSA publie un barème dégressif selon le délai de paiement. Moins de 20 km/h au-dessus : 150 Dh sous 24 heures, 200 Dh sous 15 jours, 300 Dh sous 30 jours. De 20 à 30 km/h : 300, 350 puis 500 Dh, et 2 points. De 30 à 50 km/h : 400, 500 puis 700 Dh, et 4 points. Au-delà de 50 km/h, c'est un délit puni de 4 000 à 8 000 Dh, 6 points et une suspension de un à trois mois.
- Qui a la priorité dans un rond-point marocain ?
- Cela dépend du type d'intersection. La NARSA distingue le carrefour à sens giratoire, signalé par un panneau « Cédez le passage », où les véhicules déjà sur l'anneau sont prioritaires, et le rond-point, signalé par un simple panneau rond, où la priorité à droite s'applique et où ce sont les véhicules qui s'engagent qui sont prioritaires.
- Comment payer une amende reçue au Maroc ?
- Le destinataire d'un avis de contravention dispose de 30 jours à compter de la notification pour acquitter l'amende transactionnelle et forfaitaire. La NARSA cite comme canaux le site tgr.gov.ma, le mobile-banking, le e-banking, les guichets automatiques bancaires, les points de service de proximité et le paiement en espèces ou par chèque aux perceptions de la Trésorerie Générale du Royaume.
- Un touriste peut-il consulter ses infractions en ligne ?
- Oui, si le véhicule est immatriculé au Maroc. La NARSA indique que la plateforme « Infractions routières » est ouverte aux citoyens marocains, aux résidents étrangers et aux touristes étrangers conduisant un véhicule immatriculé au Maroc. Un portail distinct existe pour les véhicules immatriculés à l'étranger, mais il n'a pas répondu lors de nos essais.